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Journaliste rédactrice,je suis critique ciné à mes heures perdues, je souhaite partager ici mes avis sur les films qui font l'actualité mais aussi ceux dont on parle moins (peu). J'ai mis un peu de temps à me décider à créer ce blog ; les critiques de films ne commencent donc que pour les films sortis depuis début 2011. Longue vie à mon blog et merci d'avance pour vos clics !

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Enemy

Villeneuve voit double et on voit rouge...

 

 

Tourné avant Prisoners mais sorti bien après en salles, Enemy est signé du Canadien Denis Villeneuve. Alors que nous découvrions plusieurs mois plus tôt un thriller angoissant, mettant en scène une sordide histoire de vengeance sur fond d'injustice policière, nous nous retrouvons cette fois face à un OVNI des plus déroutants...

 

Enemy, dont le premier rôle (ou le double premier rôle, devrait-on dire) est encore une fois tenu par l'acteur Jake Gyllenhaal, souffre forcément de la comparaison avec Prisoners. Certes, l'histoire n'a rien à voir, mais le succès et l'impact du second nous laisse froids devant ce film dont la réalisation comme le scénario sèment la perplexité.

 

Pour commencer, Enemy a des relents de vieux film d'espionnage des années 70 : image légèrement jaunie, effets de style et effets musicaux appuyés... Bref, alors que le film raconte le délire paranoïaque et schizophrénique d'un homme, on nous balance un enrobage visuel et musical un peu dépassé et surtout, pas vraiment à propos. Mais il n'y a évidemment pas que la forme qui peut décontancer. Enemy est en fait typiquement le genre de film qui divise : on adore ou on déteste. Avec pareilles histoire et réalisation, aucune chance de faire dans la demi-mesure. D'aucun crieront au génie, quand d'autres (dont je suis) sortiront franchement frustrés et abasourdis en se demandant de quelles drogues Denis Villeneuve a bien pu user au moment de l'écriture du film. Le plan final, grotesque façon série Z, est-il une manière de désacraliser le labyrinthe mental qu'on nous étale durant toute la durée du film ? Il semblerait que seul le réalisateur détienne la réponse à cette question.

 

Et des questions, Enemy en pose beaucoup... sans jamais y répondre véritablement. Ce film est sans nul doute alambiqué, la trame volontairement complexe ; le personnage se perd lui-même dans son scénario intérieur, et que dire du spectateur ! Dans la première partie du film, on s'accroche, on cherche à entrer dans l'univers, à comprendre, mais bien vite, la lenteur de l'action et la lourdeur de la réalisation, autant que la complexité volontaire de ce "thriller" psychologique voire psychiatrique, nous lassent. Enemy apparaît ainsi comme un film plutôt prétentieux, qui se révèle abscons. Un tord-neurones dont on retire peu de satisfaction. Les hypothèses d'explication les plus évidentes sont envisagées avant d'être rejetées puis ré-envisagées. Au final, on ressort avec la frustration de n'avoir pas tout compris et surtout on se demande s'il y avait véritablement quelque chose à comprendre ! C'est à se demander si Denis Villeneuve a écrit ce film pour lui-même et pour une poignée d'initiés qui seront à même de le comprendre et de l'adorer ? Enemy donne dans la masturbation intellectuelle, et abuse de l'imagerie empruntée au domaine psychanalytique (l'araignée est ainsi un symbole qui revient tout au long du film). Bref, de quoi nous laisser hermétiques. On n'a pas forcément envie de devoir garder sous le coude un dictionnaire d'interprétation des rêves ou des symboles en psychanalyse pour retirer le "meilleur" (s'il existe) de ce film volontairement opaque...

 

Typiquement, c'est le genre d'oeuvre qui demande plusieurs visionnages pour intégrer les détails qui nous feront nous exclamer à la quinzième lecture : "ah c'était donc ça !". Le hic c'est qu'une fois qu'on a vu Enemy , on n'a pas forcément envie d'y retourner...

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